Le livre remarquable de Jancis Robinson, Julia Harding et José Vouillamoz intitulé « Wine Grapes » a été publié par l’éditeur Allen Lane en 2012. David Cobbold s’est empressé d’en acheter un exemplaire, devenu depuis, son livre de référence sur le vaste sujet des variétés de vignes. Il s’est entretenu avec José Vouillamoz à propos des origines du sauvignon blanc.

La dernière édition du Concours Mondial de Bruxelles a eu lieu en Suisse, près du domicile de José Vouillamoz. J’ai saisi cette opportunité pour lui demander de nous éclairer un peu plus sur l’origine du sauvignon blanc. Dans le livre « Wine Grapes », qui décrit 1368 cépages, certaines variétés font l’objet de regroupements par familles ampélographiques. Le sauvignon blanc appartient au grand groupe des Proles occidentalis, puis à l’éco-groupe Messile, auquel sont aussi rattachés le chenin blanc, le colombard, le petit meslier, le pineau d’aunis et le sauvignonasse, pour ne citer que les plus connus. Il faut noter que toutes ces variétés, à l’exception du colombard, se situent principalement dans le nord de la France, ce qui renforce la crédibilité d’une origine septentrionale pour notre cépage.

DC : A-t-on défini l’ADN du sauvignon et quand ?

JV : Le profil ADN du sauvignon blanc a été établi en 1994 lors de la première étude d’identification génétique des cépages qui a été faite en Australie.

DC : Est-ce que cela permet d’identifier ses deux parents ?

JV : En 1997, l’Université de Californie à Davis (USA) a découvert que les parents naturels du cabernet-sauvignon sont le cabernet franc et le sauvignon blanc, puis, en 1999, des chercheurs autrichiens ont déterminé que le sauvignon blanc est un enfant naturel du savagnin blanc (ou traminer). En 2012, j’ai moi-même précisé qu’il est, en outre, un frère du chenin blanc, et je suggère que le sauvignon blanc et le chenin blanc sont originaires du Val de Loire. L’autre parent est inconnu et a probablement disparu.

DC : Sait-on vers quelle époque est “née” cette variété ?

JV : C’est difficile à dire. Par définition, on ne connaît pas l’âge des cépages, car ils se sont multipliés végétativement. Le premier document qui mentionne ce cépage, sous le nom de fiers, en Val de Loire, remonte à 1534 : c’est dans le fameux Gargantua de François Rabelais.

DC : Donc, on peut identifier le lieu de son origine ?

JV : Oui, le Val de Loire, du moins selon le plus ancien document à notre disposition qui est le texte de Rabelais. Il ne s’agit donc pas d’une preuve, mais d’une probabilité.

DC : Que peut-on dire de ses variantes grise, rose, etc. ?

JV : Ce sont des mutations de couleurs qui existent aussi chez d’autres cépages : pinot gris, pinot blanc; chasselas rose, chasselas violet; savagnin rose; etc.

DC : Il est parent du cabernet-sauvignon mais a-t-il d’autres descendants ?

JV : Il n’a pas d’autres descendants connus.

Propos recueillis par David Cobbold